IMG_1271

London baby: premier ciné, premier musée…

IMG_127110h30, séance Big Scream au cinéma du coin. Le comptoir à popcorn est désert, en revanche des dizaines d’hommes et de femmes, à peu près tous dans la même tranche d’âge, les yeux pas tout à fait en face des trous, demandent hagards si la queue, c’est bien pour les cafés. Une femme constate qu’il y a beaucoup de papas…serait-ce enfin le début d’une nouvelle ère de responsabilité paternelle, ou bien est-ce tout simplement parce que le héro du matin, c’est Bond, James Bond ? La salle 1 se remplit doucement mais sûrement de parents, bambin au bras. Les salles 2 et 3 servent de parking à poussettes.

Malgré l’obscurité, l’endroit se transforme vite en champ de bataille. Il n’y a plus de règle, enfin si une – le bien-être des bébés. Le sol est jonché de tapis de jeu, de sacs de lange, de porte-bébés et de parents avachis. En tout une cinquantaine d’adultes, et donc de bébés. Oui le Big Scream, je vous le déconseille si vous n’êtes pas accompagné de votre rejeton. Avec autant de mini-nous réunis, y’en a toujours au moins 2 ou 3 qui couinent. Les jeunes parents font vite abstraction, et un James Bond n’est pas très dur à suivre – bien qu’on ait loupé quelques subtilités dans les dialogues de Money Penny. Pendant la séance on voit une maman préparer un biberon, un papa changer une couche en continuant de jeter un œil à l’écran (et hop, un pipi en l’air !) ou même activer une petite voiture d’avant en arrière pour faire jouer bébé sans détacher son regard de l’Aston Martin.

A côté de nous, le petitou devait avoir 3 semaines tout au plus ! Le nôtre a pioncé la plupart du temps, chouiné un peu quand Monica Belluci a fait son apparition – comme on le comprend – s’est rendormi, puis a eu faim, à la fin. Alors c’est vrai on est tenté de lui dire « attend bébichou, deux secondes, James met la race au méchant » mais comme Spectre manque un tout petit peu de rythme sur la fin, finalement bébichou n’avait pas si mal choisi son moment.

Expérience très réussie – parce qu’il faut bien avouer que c’est jouissif de faire une sortie tous les 3, qui plus est au ciné, et du coup ne pas être privé de voir 007 sur grand écran. J’espère qu’une salle niçoise offrira une séance similaire pour Star Wars !

Non contents du succès de l’opération, on attrape des sandwiches, on monte dans un bus et on file en direction du musée d’histoire naturelle voir l’expo Wildlife Photographer of the Year. Si vous êtes sur Londres, ne la ratez pas, c’est un paradis pour les yeux. Notre Sorenausore est resté bon public, malgré quelques petites crampes devant les photos de nature morte.

On enchaîne avec une conférence à Kings College, où une colombienne fait une présentation sur son travail pour WWF en Amazonie. Dans la salle silencieuse, une vingtaine de personnes toute ouïe, des académiciens, des journalistes et une ambiance studieuse. C’est le moment que choisit Soren pour pousser un caca d’un autre monde. Je vous laisse imaginer mes yeux – et la couleur de mes joues.

Me voilà trimballant mon précieux putois dans les couloirs de l’université en quête d’un endroit tranquille pour nettoyer son derrière ET changer tous ses vêtements parce que voyez-vous, le petit nous a fait un poonami. Une fois la cata contrôlée, nous voilà tous les deux à attendre patiemment devant la salle de la conférence parce que 1. la porte ne s’ouvre que de l’intérieur, 2. plus léger, Soren est très loquace et s’éclate à tabasser la girafe qui pendouille au dessus de son nez dans le landau. On est rentré pour les questions à la fin, qui ont eu un effet soporifique sur mini. Ils me l’ont endormi tellement efficacement qu’on a pu finir la soirée au resto !

look

Regard sur l’œil

lookOyez oyez,  après 2 opérations, des centaines de gouttes, 3 tubes de crème et 5 mois de galère, mes yeux vont mieux. Pour fêter ça, je fais le bilan en dévoilant le florilège des réactions que j’ai suscitées. C’est ça d’être une curiosité, faut assumer!
Pour résumer, je me suis fait retirer une excroissance de la cornée dans chaque œil, à l’ancienne (donc pas au laser). Une expérience que je ne suis pas prête d’oublier. Et si l’envie me prenait, mon pass professionnel se chargerait de me l’ôter aussitôt, car la photo dudit pass a été prise une semaine après la première opération et que donc j’y arbore un magnifique œil gonflé comme un grain de pop-corn. (Au choix, préférez l’œil au beurre noir, au moins ça fait rebelle.)
.
Il y a ceux qui maternent 
– Ma pauvre  chérie (puce, roubidouchette…) j’ai tellement mal pour toi.
Ce à quoi j’ai envie de répondre que merci, mais franchement ce n’est pas la peine, une personne avec cette douleur, c’est bien assez.
Cette catégorie n’inclut pas la famille ni les proches évidemment. Eux ont le droit de materner, paterner, fraterner, sympathiser…Ils l’ont fait d’ailleurs et je les en remercie.
.
Ceux qui connaissent par cœur même s’ils ne sont pas passés par là
– c’est normal. Ma mère ça a mis un mois et demi à guérir
–  mais c’était pas la même opération, si?
–  non mais c’est pareil, c’est l’œil. Arrête de toucher
–  ça va, je me gratte la paupière (!!!)
– tu devrais mettre un cache
– les médecins m’ont dit que ce n’était pas la peine
– oui mais ma mère l’a mis et ça a aidé
– … (tu me les casses, et ta mère aussi)
.
Ceux qui n’osent pas trop en parler ou qui font comme si de rien n’était, soit parce qu’à force ils trouvent que j’en fais des caisses, soit parce qu’ils ne savent pas trop quoi dire.
–  …on verra ça à la réunion de demain. Au fait ça va ? (accompagné d’un geste vague en direction du visage)
– moui ça v…
– bon super.
.
Ceux qui n’en ont rien à cirer mais qui à force d’entendre tout le département en parler depuis 4 mois, demandent soudain :
– mais qu’est-ce qu’il t’es arrivée en fait?
– (discours habituel, répété en mode automatique)
– ahh! donc tu vois bien!
– ben là là non, mais je n’ai pas de problème de vue si c’est la question
– c’est pas le laser alors?
– non voilà, rien à voir.
.
Ceux qui font des blagues: « ma fille aussi fait journée pirate à l’école aujourd’hui! »
.
Ceux qui demandent plein de détails et n’assument pas:
– t’as senti quelque chose?
– oui les points de suture je les ai sentis passer
– Argh, non, je veux pas savoir. Fais voir? (je montre) Argh non je peux pas regarder c’est horrible.
.
Et le meilleur pour la fin, ceux qui se montrent très confiants quant a la guérison rapide :
– je suis SÛRE que ça va bien se passer
-…(c’est gentil ça. Tu y connais un beignet mais tu mettrais ta main à couper? J’aime les gens qui vivent dangereusement.)

Le problème avec eux, c’est que si ça ne va pas mieux de jour en jour, on finit par se faire engueuler tellement ils sont vexés de s’être trompé :
– mais là, ça va mieux quand même, NON??
– non je suis désolée de te décevoir mais je morfle encore sévère.
– c’est dingue ça! NON mais ça va aller maintenant!
– … si tu le dis!

Une fois n’est pas coutume

IMG_6997Aujourd’hui je vais parler de mon chien. Typiquement le truc que je ne pensais jamais faire. Comme quoi il ne faut jamais dire jamais. Honnêtement je ne suis pas très fan des gens qui écrivent des billets sur leurs animaux. C’est un peu comme les enfants…on en est tellement proche qu’on n’ose pas trop en rire. Ou alors gentiment. Tellement gentiment que ça fait tout juste sourire. J’arrête là parce que je suis en train de me tirer une balle dans le pied, puisqu’aujourd’hui je vais faire exactement ce que je critique. Alors pourquoi? Parce que je l’ai dit en lançant Sandiscuter : plus de retenue (enfin un tout petit peu quand même), je laisse mes coups d’inspi n’en faire qu’à leur tête.

En l’occurrence moi je pars avec une originalité d’avance parce qu’en fait je n’ai pas de chien. Non je ne suis pas en train de faire un jeu de mot pourri genre « c’est une chienne! » (même si c’est vrai). Non disons que techniquement je n’ai pas vraiment de chien…enfin pas quotidiennement. C’est le mien sans être le mien. Bon j’arrête de tourner autour du pot, en gros je ne vis pas avec (le chien, that is, pas le pot).
Alors je pourrais vous raconter comment on est tombé en amour l’une pour l’autre…elle, petite chose toute fragile, douce et qui sent bon, déposée tremblante dans mes bras…elle a levé ses grands yeux verts et a fait chavirer mon cœur, mais je ne me souviens pas si c’était avant ou après m’avoir vomi ses tripes dessus. Ce qui est sûr c’est qu’en ce faisant, elle a scellé notre destin (enfin surtout celui de mon Tshirt). Je l’ai toute suite bien aimé cette petite peste. Qu’elle ose tout donner, dégobiller tout ce qu’elle avait dans le bide comme ça, sans retenue (et sans prévenir), c’était audacieux. Ma mère dit (et elle n’est pas la seule) tel maître tel chien. J’aime le penser. Moi aussi quand je vomis je le fais avec panache.
Du coup on peut dire que c’est plutôt elle qui m’a choisie que l’inverse. Je la comprends, je me voudrais assez comme maître. Ça parait bizarre de dire ça mais je le sais parce que j’ai été chien dans une autre vie.
Je pourrais aussi vous dire que j’ai amoureusement ramassé ses petites crottes bien moulées dans le jardin, essuyé ses pipis systématiquement déposés à côté du papier journal (mais quelle idée d’essayer de faire pisser un chien sur un journal…), que j’ai résisté aussi longtemps que possible à l’envie de la prendre chaque fois qu’elle couinait pour monter se coucher avec nous. Et dit comme ça on dirait que je l’ai élevée, cette mignonne. Ça aussi d’ailleurs j’aime le penser. Mais il est temps de rendre à César ce qui appartient à ma (future) belle-mère, car c’est à elle que revient le mérite de l’avoir gardée après mon départ du Maroc. Ah oui je ne vous ai pas dit? Séraphine est marocaine. Le coup de foudre a eu lieu à Casablanca, en juillet dernier.
Future belle-maman, donc, fait centre d’accueil pour les animaux de temps en temps, jusqu’à ce qu’ils trouvent une famille. Séraphine ayant jeté son dévolu sur moi par voie de régurgitation, je suis devenue sa famille. Je me voyais déjà l’embarquer sous le bras pour la ramener à Londres (malheur!) mais l’homme m’a raisonné, et je n’ai rien trouvé de mieux que de la refourguer à ma mère. Franchement malgré un « oui ma chérie c’est vrai qu’elle est à croquer » convainquant, je ne pensais pas qu’elle irait jusqu’au bout de l’adoption. Parce que comment vous dire…faire émigrer un chiot (enfin une chiotte) du Maroc à l’Irlande, niveau paperasse, c’est bonheur dans ton cœur!
À suivre…
image_4

Lettre de rupture

ruptureTu fais partie intégrante de ma vie. J’ai été exigeante. Je t’ai voulu à la pointe de la pointe. Pas seulement beau, mais aussi fort, puissant même! Et puis moderne, un brin frimeur.

J’ai mis beaucoup d’espoir en toi, dès le début. Je te voyais déjà révolutionner ma vision du progrès, encourager ma créativité, soutenir mes projets! Je t’ai aime, montré, j’ai cru en toi, j’ai été fière de toi.

On est partis ensemble au bout du monde, et tu m’as suivi partout sans rechigner, malgré ton léger surpoids (si si, personne n’en parle pour ne pas te vexer mais c’est une réalité). J’ai vraiment essayé de m’occuper de toi, te dorloter, entretenir le dialogue pour comprendre où tu avais mal et pourquoi.

Pourtant on ne peut renier sa nature profonde…et celle-ci t’avait condamné dès le départ.

Aujourd’hui, après toutes ces aventures, dont certaines t’ont un peu cabossé, je veux effacer ta mémoire. Tout reprendre à zéro, parce que je t’ai submergé. Tu passes ton temps à souffler, tu ne m’écoute plus, tu prends des plombes à répondre dès que je te demande le moindre truc, je sens bien que je tape sur le système. Mais tu sais quoi? Toi aussi tu m’énerves! Je t’en veux de me lâcher, mais il faut bien que je t’avoue, à force de me compliquer la vie, tu m’as poussé dans les bras d’un autre (et j’aime autant te dire, pas n’importe lequel). Celui pour qui je n’aurais jamais pensé succomber. Je ne me permettais même pas d’y penser, parce que je trouvais ridicule que tout monde craque sur lui. Alors c’est vrai, il est plutôt canon, mais surtout il est simple. Et c’est pour ça que je vais franchir le pas. J’en ai ma claque de me prendre la tête avec toi, de perdre mon temps! Je veux quelque chose qui marche, tu peux comprendre ça?

Entre lui et moi ça n’est qu’une question de temps (et un peu d’argent aussi c’est vrai, parce qu’il est quand même vachement snob). Mais je vais oser.

Alors quittons-nous en bons termes, avant qu’il ne soit trop tard, que je te dise des choses que je ne pense pas et que tu vires au pathétique. Alors par pitié sois raisonnable et avançons main dans la main pour traverser cette étape difficile. Et pour l’amour du ciel, arrête de planter PUTAIN d’ordinateur!

Le père-Noël en banquiseroute

La trottinette est-elle en passe de remplacer Rudolph?

Noël. La dinde, la bûche, des flocons sur les fenêtres et des étoiles sur les sapins. Le monde entier s’y prépare. On stock des victuailles, (au passage on laisse sa conscience écolo au placard en achetant trois blocs de foie gras), on gratte des cartes de vœux, on enguirlande le salon. Et on écrit sa liste. Pourtant celui à qui elle est destinée, celui sur qui tout le monde compte mais que personne ne remarque ne fera peut-être pas partie du décor cette année. Celui que Coca Cola a habillé de rouge et de blanc, et que Greenpeace révèle en clochard. Le père-Noël ne fait pas grève, ce n’est pas son genre. Non, le père-Noël est en faillite, dans l’incapacité de résoudre l’équation d’une population sans cesse grandissante (bientôt 7 milliards d’habitants), et d’un territoire en constant rétrécissement.

Couvert de dettes, il s’est retrouvé dans l’obligation de vendre ses parts de marché à Coca, qui est maintenant actionnaire majoritaire de l’entreprise Xmas. Le service Fusion et Acquisitions de la multinationale s’est dit « ravi que cette affaire soit enfin réglée, et que le père-Noël ait accepté de prendre une décision sensée ». De son côté, le père-Noël s’avoue « vaincu et à bout ». Il a précisé qu’il serait « insupportable de voir les rennes  mâchouiller de l’avoine rance dans des enclos surpeuplés, ou les elfes se battre pour une soupe édulcorée dans la queue de l’Armée du Salut. Noël pousse à la consommation. C’est bon pour le marché. Ça assure le bonheur des enfants, ce qui fait le bonheur des parents ».

L’entreprise Xmas loue donc désormais sa terre et sa capacité industrielle au père-Noël en tant que co-signataire. Cette solution temporaire devrait lui permettre de faire face à la demande jusqu’en 2020, date à laquelle son contrat devra être renégocié. Cependant les coupes budgétaires nécessaires à cette fusion ont eu pour conséquence  la délocalisation de sa logistique de livraison. D’autre part, la fonte des glaces plonge les elfes dans le désarroi et les oblige à quémander le statut de réfugié climatique. C’est donc à contrecœur que Xmas est en négociation pour la sous-traitance de sa main d’oeuvre de fabrication dans des pays connus pour leur tarifs imbattables, et ce dès l’année prochaine.

Est-ce vraiment étonnant? Pouvait-on réellement espérer que la magie divertissante de Noël échappe à la crise qui fouette le monde ces dernières années? Oh (oh-oh) on peut y croire encore un peu si vous voulez. Tout comme on a cru au père-Noël. On enfile des œillères, et on fonce tête baissée vers la joie et l’allégresse des « fêtes », histoire de pouvoir étaler notre caviar sur un toast sans arrière pensée.